Dernière partie de notre série d’articles mettant en rapport les Arts Martiaux et la méditation, ces pratiques qui cherchent à atteindre le même but par des moyens très différents mais qui sont au final intrinsèquement liés, nous allons à présent nous intéresser spécifiquement au rôle de la méditation dans le Kung-fu, cet art martial qui a été largement porté à la connaissance du public grâce à la carrière cinématographique d’un certain Bruce Lee.
« Vide ton esprit, sois sans forme, sans relief, comme de l’eau. Maintenant, mets l’eau dans une tasse, elle devient comme la tasse. Si tu la mets dans une bouteille, elle devient la bouteille. Et dans une théière, elle devient la théière. Et l’eau peut aussi bien s’écouler que s’écraser. Deviens comme l’eau, mon ami. » ~ Bruce Lee
Il ne faut pas oublier que Bruce Lee, en plus d’être un acteur qui a marqué sa génération, était avant tout un authentique Maître dont l’expertise demeure encore aujourd’hui admirable. Ces images qu’il utilise ci-dessus permettent de plus facilement comprendre l’état d’esprit, détaché mais présent, nécessaire pour se préparer à la pratique du Kung-fu.
L’apprentissage du Kung-fu contient deux composantes interdépendantes, l’entraînement interne et l’entraînement externe. L’entraînement externe implique les mains, les yeux, le corps et les postures de combat. L’entraînement interne fait travailler le « cœur, l’esprit, la conscience, la respiration et la force ».
Nous avons déjà parlé dans un précédent article du concept de du Chi/Qi. Il renvoie à l’énergie naturelle de l’univers, qui imprègne tout. C'est la force vitale, la source de tout ce qui existe. La méditation du Kung Fu a pour but de concentrer l’esprit sur les problématiques suivantes :
- Diriger son Chi afin de fournir directement de l’énergie à n’importe quelle partie du corps ; - Diriger son Chi vers un organe malade afin de le guérir ; - atteindre l’illumination.
Afin d’apprendre à coordonner, développer et / ou augmenter son Chi, les pratiquants doivent s’exercer au Qigong (Chi Kung) « Travail énergétique ». Il s’agit d’exercices conçus spécifiquement pour faire travailler le Chi. Beaucoup d’écoles de Kung-fu disposent de leur propre forme de qigong, dont les techniques de respiration constituent invariablement une partie fondamentale.
La respiration et la méditation constituent de fait une grande partie des arts martiaux. Grâce à ces éléments, vous apprenez à contrôler et connectez votre corps et votre esprit.
La méditation du Kung-fu, comme toutes les formes de méditation, requière une pratique régulière, et insiste largement sur les techniques de respiration qui rendent celle-ci efficace, comme la respiration abdominale. « L'esprit est le maître du corps. Si nous formons et disciplinons nos esprits, le corps suivra. Une fois que le corps et l'esprit sont concentrés et à l'écoute l’un de l’autre, la vie semble limpide, et on sait que l’on est sur la bonne voie. En d'autres termes, vous n’aurez pas à vous faire violence, à vous imposer des choses comme des exercices ou une discipline, car cela, vous l’aurez déjà en vous. C’est ainsi que de bonnes choses sembleront vous arriver, comme ça, tout simplement », nous confie encore le maître.
Concrètement, ce que l’on cherche à obtenir au travers de la méditation du Kung-fu se résume en 5 points :
• Le premier but est de développer un esprit fort • Cet esprit fort a pour vocation de développer la concentration • La vocation de cette concentration est d’obtenir un bon contrôle • Le but de ce contrôle est de développer la discipline • La finalité de cet objectif de discipline est d’obtenir une autodiscipline ou encore la maîtrise et la connaissance de soi, de notre être intérieur.
En plus de cela, la méditation du Kung-fu, vous diront ses pratiquants, apporte un certain nombre de bienfaits spécifiques tels que réduction de la consommation d’oxygène, de l’ordre de 10 à 20% (ce qui correspond à une forme de méditation très profonde, plongeant le corps dans un état rappelant le sommeil). Elle aurait également un effet mesurable sur les facteurs physiologiques liés au stress, tels que le taux de lactate dans le sang ou un contrôle sur la concentration du cortisol, une hormone complexe ayant de nombreux effets sur l’organisme.
Ainsi s’achève notre série d’articles cherchant à comparer méditation et arts martiaux. Bien entendu, il ne s’agit pas réellement de comparaison, car il apparaît évident désormais que les arts martiaux, quels qu’ils soient, font appel sous une forme ou une autre à la méditation, tandis que celle-ci peut bien sûr se pratiquer seule, mais se combine volontiers à n’importe quelle activité physique ou non. Nous espérons toutefois que ce bref aperçu de la méditation dans le Kung-fu vous a donné envie d’en savoir plus sur cet art martial et sur sa philosophie, somme toute plus importante que les coups qu’il apprend à donner !